Derriere Une Couleur, Une Histoire
Je fais couler l'encre pour la mémoire des miens,
Pensées immortalisées sur fond de papier glacé,
Lit dans mes yeux la douleur d'un c½ur peiné,
Je ne tournerai pas la page sur l'histoire des miens.
Des sous hommes c'est ce que l'on était à leurs yeux,
Dénués d'âme et de raison, sans culture ni tradition,
Sans fierté, pour qui on n'usait point de compassion,
Déracinés, entassés dans des bateaux négriers pour une traversée
Dernière senteur inhalée, dernière poignée de sable au creux de la main serrée,
Dernier sol foulé sur l'île de Gorée, dernières larmes d'adieux versées.
Premières chaînes aux pieds, premiers coups de fouet,
Première mort souhaitée plutôt que de perdre sa dignité,
Première humiliation, premiers cris de douleurs poussés,
Premières ventes au marché, premier nom d'esclave écopé,
Premier viol sur les femmes pour qui n'existaient point de respect,
Premier petit garçon né sans que la liberté lui soit innée.
Au sein des c½urs on cesse de cultiver l'amour préférant les fruits de la haine,
Goût de fiel dans cette piètre existence rythmée par la peine.
Dans les champs de coton, jusqu'aux cieux les chants de tristesse tonnent,
Comme une doléance adressé à Allah le Loué qui n'oublie personne.
Même si l'espoir se consume comme dans un brasier ardent
Et que la terre mère pleure la perte de ses enfants, rien n'échappe à l'omnipotent.
Sur des pages blanches je pourrais écrire le noir passé des miens mais cela ne changerait rien.
Je revendique ce que je suis et si ça dérange je n'y suis pour rien
A mon poignet je porte ce bracelet africain
Loin d'être un bijou c'est le symbole des chaînes que portaient les miens